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IL ÉTAIT UNE FOIS....

Les moulins en Périgord, ça ne date pas d'hier. Le vent et l’eau ont façonné notre département.

L’homme a construit des moulins en fonction de cet environnement. Il a mis des ailes aux moulins là où il y avait du vent et des roues là où les cours d’eau étaient nombreux.

 

Mais à vent ou à eau, rare sont les moulins qui sont encore en activité : bon nombre des 2 800 moulins répertoriés dans le département de la Dordogne au temps de leur splendeur, sont partis à la découpe ou figés « dans un jardin avec des pots de fleurs » déplore Marie-Rose…

    L'histoire du Moulin de L’Évêque, c'est avant tout l'histoire d'un homme Élie, de sa femme Pierrette, de leur amour de la nature, de la terre, et de tout ce qui nous nourrit. Avant-gardiste dans tout ce qu'ils entreprennent, ils ont d'abord flairé, il y a 50 ans, le potentiel touristique de la région, et ont ainsi développé la ferme auberge La Rhonie, devenue au fil des ans la pièce maitresse de leur propriété agricole. La boucle était bouclée : agriculteurs de conscience, ils cultivent la terre en harmonie avec la nature, élèvent leur bêtes en les choyant, et nourrissent leurs hôtes de ces productions paysannes.

Et l'histoire se répéta, quelques décennies plus tard. Alors que leur fille Marie-Rose prenait le relais à La Rhonie, Pierrette et Élie Coustaty choisissaient de vivre une retraite active. En 1994, ils font l'acquisition de ce moulin à eau du XIVe siècle, qu'ils ont, pendant 20 ans, patiemment rénové en conservant la richesse historique, patrimoniale et culturelle du lieu : «  Ce moulin reste dans son histoire, c’est nous qui entrons dans la sienne : le lieu n’appartient qu’à lui-même. »  Marie-Rose.

Rien n'a effrayé ses passionnés, et pourtant, à l'époque, la belle était plus qu'endormie : ensevelie sous les ronces, abandonnée. Mais les mécanismes, à l’arrêt depuis la seconde guerre mondiale, ont été miraculeusement conservés en l’état. Élie devient alors président de l’association des moulins du Périgord Noir, adhérente à l’association départementale, elle-même impliquée dans la fédération. Un réseau amical apporte un renfort de compétences (maçons, ferronniers) à la famille pour refaire à l’identique quelques pièces manquantes.



 

C'est ainsi que le Moulin de L’Évêque, situé à Vézac (24220), dans le Périgord Noir, propriété de l’évêché de Sarlat au Moyen Age, renaît de ses cendres et moud de nouveau du grain, en 2016.

Au départ, Élie ne moulait guerre plus d'une vingtaine de kilos de grains par semaine : surtout pour les amis et les agriculteurs du coin qui venaient moudre leur grain pour ensuite fabriquer leur pain. Mais il avait réussi à restituer au moulin sa fonction nourricière : blé et petit épeautre viennent de nouveau crisser sous la meule et la farine coule à nouveau dans les bacs.

Et puis, tout s'accéléra.

Par la grâce de la Covid, parce qu’il faut bien un bon revers de médaille à la crise, le moulin a accéléré la cadence de sa production balbutiante. Tout a vraiment commencé au printemps 2020, quand Marie-Rose et son mari Serge, après avoir elle aussi passé le flambeau de la ferme auberge familiale, décide de se confiner avec ses parents… pour bien s’assurer que ces irréductibles faiseurs de relations humaines respectent les directives. C’est alors qu’une épicerie fine qui commandait 10 kg par mois a senti que les familles allaient profiter de la mise sous cloche pour cuisiner maison : « ce client nous en a demandé 600 kg ! Et nous avons relevé le défi. » De quoi occuper les longues journées d’enfermement, en effet. Tous se sont consacrés à cette phase de développement d’activité, marquant la véritable résurrection du Moulin de l’Evêque. « On a vécu dans une bulle pendant deux mois. Nous avons fabriqué plusieurs sortes de farines, toutes bio, et n’avons pas arrêté depuis. »

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Bien plus que la simple production de farine paysanne naturelle, sans aucun additifs, le Moulin de l’Évêque tient avant tout à valoriser toute une filière pour coller au plus près des valeurs familiales :

"Nous sommes tous attachés à des savoirs faire et des valeurs au plus près de la nature".

Ainsi, les céréales sont sélectionnées, bio et en semences paysannes, pour avoir un impact écologique le plus neutre possible.

Le moulin quant à lui, tourne en utilisant les ressources naturelles sans les mettre en péril : « Nous utilisons l’eau qui court sans la prélever, elle fait tourner le moulin qui la restitue, intacte. » Marie-Rose.

L'envie de s'inscrire durablement dans le paysage local anime cette famille. Le Moulin continue de produire un peu de farine à façon pour les agriculteurs du coin. Élie ne se lasse pas de conter l'histoire du Moulin, de le meunerie, aux touristes de passage qui assouvissent leur curiosité en chemin, ou au écoliers qui reviennent, le temps d'une visite, aux leçon de choses d'autrefois.

Et des projets, le Moulin de l’Évêque n'en manque pas :

- la continuité de la restauration du patrimoine

- la conservation du métier de le meunerie traditionnelle

- l'économie, au plus près du territoire, alliant : la conservation des sols, la diversité des grains séculaires, la qualité nutritionnelle des aliments de base.

Passez la porte du moulin, et venez éveiller vos sens. Vous entendrez le bruit de l'eau qui coule pour faire fonctionner le moulin. Celui des meules, qui frottent les grains. Venez toucher, sentir, goûter cette farine paysanne.

Extrait de l'article de Suzanne Boireau-Tartarat pour l'hebdomadaire "Réussir le Périgord"
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